Hanoï – Bruxelles : les collaborations initiées par le Département Assistant en Psychologie au programme de la visite royale au Vietnam

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Publié le par Emmanuelle Dejaiffe

Depuis 2016, avec leurs homologues vietnamiens, une petite équipe d’enseignants du département d’Assistant en psychologie a construit un fructueux partenariat Nord-Sud avec le soutien financier de Wallonie-Bruxelles International. Aujourd’hui, des liens forts unissent les équipes du projet en Belgique et au Vietnam.

Rencontre avec Fabienne Deschoenmaecker, cheffe de ce département, qui soutient avec son équipe cette collaboration et nous en raconte quelques-uns des enjeux principaux.

Bonjour Fabienne, peux-tu évoquer ton parcours en quelques mots pour les lecteurs du VMag ?

En 1993, je suis sortie diplômée de Marie Haps (HE Vinci), avant de suivre une formation en thérapie du développement à l’IFISAM.

Dès la fin de mes études, j’ai travaillé dans un centre de réadaptation fonctionnelle pour enfants sourds ou atteints de problèmes graves de langage. Mon travail consistait au suivi psychothérapeutique et à la réalisation de bilans affectifs, cognitifs et psychomoteurs. Nous travaillions déjà au sein d’équipes pluridisciplinaires, comme nous le faisons actuellement au Vietnam.

En 1998, j’ai été engagée comme maître de pratique professionnelle dans le département assistant en psychologie à Marie Haps tout en continuant à travailler sur le terrain, au centre pluridisciplinaire et en supervisant des équipes de puéricultrices en crèche et d’enseignants dans l’enseignement spécialisé. Garder une pratique clinique était très important pour moi.

Enfin, depuis 2011, je suis cheffe du département Assistant en psychologie. Ces missions au Vietnam sont pour moi une jolie bulle d’air, un retour au terrain et à la pratique clinique. J’apprécie le dialogue et la rencontre d’une autre culture que nous avons découverte au fil des nombreuses missions.

Quels sont les objectifs du projet mené au Vietnam ? Et quelle en est, par ailleurs, la genèse?

Nos premières missions ont commencé en avril 2016. Aujourd’hui, cela fait presque 10 ans et ces échanges nous ont enrichi mutuellement. C’est Marie-Claude Cassiers, notre collègue, qui est à l’origine du projet car elle avait passé quelques années au Vietnam tout en conservant une charge de cours ici à Vinci. Aujourd’hui, elle est moins impliquée dans le projet, mais elle a ainsi permis d’initier les premiers contacts. Cela s’est également mis en place en collaboration avec notre Service des Relations internationales.

Le projet « Pratiques de supervision clinique et pédagogique et exploration d’outils thérapeutiques pour psychologues et professionnels de la santé (mentale) au Vietnam » a pour objectif de contribuer, à son échelle, au développement des services de santé mentale au Vietnam et à l’intégration de celle-ci dans les soins de santé de première ligne. Cela peut se faire grâce à la valorisation des psychologues et autres professionnels de la santé mentale. Le projet s’inscrit dans un contexte général où le Vietnam est confronté à des défis importants en matière de santé mentale, malgré des efforts consentis dans le domaine. Selon l’OMS, une bonne partie de la population, entre 15% et 30%, souffrirait de troubles mentaux tels que la dépression, l’anxiété ou encore le syndrome de stress post-traumatique. Les enfants et les adolescents représentent une tranche de la population particulièrement vulnérable et fragile.

Depuis le lancement du projet, le gouvernement vietnamien a reconnu la nécessité d’améliorer les services de santé mentale et des actions concrètes ont été entreprises pour l'intégrer dans les soins de santé de première ligne. Malgré la prévention précoce et les traitements efficaces, de nombreux cas ne sont pas détectés à temps en raison du manque de personnel qualifié. Le domaine de la psychologie et les traitements non médicamenteux ne sont pas encore suffisamment développés, ce qui complique le soutien aux patients.

Quelles sont les personnes impliquées ici en Belgique et au Vietnam ?

Pour la Haute Ecole, nous sommes, moi comprise, 8 personnes investies dans le projet depuis les débuts, dont Delphine Jamsin, Caroline Migeal, Deborah Vierendeels, Soumia Kharbouch, Sophie brasseur, Céline Godard et Karine Josson L’équipe vietnamienne a, en revanche, changé au fil des ans. Xuan Duong est notre référente vietnamienne, psychologue à l’hôpital national pédiatrique de Hanoi, et nous accompagne depuis 2016.

Aujourd’hui, nous avons tissé des liens très forts avec nos collègues vietnamiens, nous mettons nos expertises en commun et travaillons sur un pied d’égalité, dans un climat de confiance. L’approche culturelle dans le travail mené sur place est essentielle. Nous avons là-bas beaucoup travaillé sur l’aspect de ‘prendre soin’ des équipes. Il est tellement important de prendre soin de soi pour pouvoir bien prendre soin des autres. Et nos collègues vietnamiens commencent à en voir aujourd’hui les bienfaits.

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Et en deux mots, comment ce projet s’intègre-t-il dans le programme officiel de la visite royale de nos souverains au Vietnam ?

Ce 1er avril, la Reine Mathilde (qui est également alumni au sein de notre Haute Ecole) se rendra à l’Hôpital des Enfants à Hanoï pour découvrir le travail réalisé et dialoguer avec les équipes. Elle a choisi elle-même de s’y rendre. J’en suis très heureuse car il s’agit d’une très belle reconnaissance du travail accompli, surtout pour nos partenaires vietnamiens.

L’épouse du Président Vietnamien et le ministre de la Santé vietnamien accompagneront également la visite et verront ainsi les réalités de terrain de nos collègues. Cela mettra le projet sous le feu des projecteurs au Vietnam puisque la presse relaiera sûrement cette visite. Cela devrait faire avancer la reconnaissance du statut de notre profession au Vietnam, actuellement en bonne voie.

Où en êtes-vous aujourd’hui en 2025, presque dix ans plus tard ?

Nous essayons de faire comprendre que la place du psychologue est importante. Au départ, il y avait peu d’approche interdisciplinaire. Aujourd’hui, nous travaillons vraiment en équipe sur des études de cas, des thématiques bien spécifiques, chacun échange avec son expertise propre. Il a fallu du temps pour construire ce lien de confiance entre tous et toutes.

Nous sommes parfois confrontés à des situations compliquées mais il faut toujours intégrer que nous avons une différence de culture. Leur réalité culturelle n’est pas la nôtre. Nous constatons, par exemple, une grande pression sociale et scolaire pour que les jeunes réussissent et puissent entrer dans de grandes écoles. Les enjeux sont énormes pour la plupart des familles.

Nous travaillons avec l’hôpital pédiatrique d’Hanoi (NHP) mais au fil du temps et de l’évolution du projet, nous avons développé et créé des liens de travail et d’amitié avec de nombreux médecins, psychiatres, psychologues, éducateurs venant de tout le pays, ainsi que des partenariats avec des universités et des maisons médicales dans tout le Vietnam. Certains de nos étudiants ont réalisé un stage au Vietnam. Des professionnels vietnamiens (expert et stagiaire) viennent également à Bruxelles. L’un des axes du projet est ainsi d’approfondir et d’intégrer la pratique de la supervision clinique dans la formation des futurs professionnels au sein des facultés de psychologie des USSH (Université des sciences humaines et sociales de Hanoï et de Hô Chi Minh Ville, respectivement) ainsi qu’à l’Institut de gestion éducative d’Hanoï et dans des maisons médicales.

Y a-t-il une histoire que tu aimerais raconter à nos lecteurs ? Y a-t-il eu au fil de vos missions des événements qui t’ont particulièrement touchées ?

Nous avons beaucoup travaillé sur l’approche psychocorporelle qui n’était pas développée au Vietnam. A l’hôpital des enfants d’Hanoi, une salle de psychomotricité a été aménagée et Thi, éducatrice au sein de l’institution, a été formée à cette approche. C’est tellement important pour les jeunes enfants qui n’ont pas accès au langage de pouvoir trouver d’autres moyens d’exprimer leurs difficultés. Une séance sera organisée pour la visite de la Reine Mathilde ou Thi et moi travaillerons ensemble avec un enfant et sa mère.

Pour l’anecdote, lors d’une séance de supervision, dans ce nouvel espace, à laquelle j’assistais, un jeune enfant était présenté devant un panel de professionnels pour suivi et diagnostic. Après de nombreux essais d’interaction, il ne bougeait pas et ne cherchait qu’à sortir de la salle. J’ai proposé à à Thi de faire entrer la maman qui attendait dans le couloir. Thi et moi lui avons construit une « maison » en coussins où elle s’est installée en sécurité. C’est aussi cela, le ‘prendre soin’. Le jeune enfant, sécurisé par le fait de sentir que sa maman était présente a ensuite commencé à jouer avec Thi et la séance s’est magnifiquement déroulée. C’était émouvant de vivre cet instant pour tous les intervenants.

D’autres aspects de notre travail méritent d’être développés comme les ateliers d’art-thérapie, nouvellement mis en place, que nous menons avec des adolescents. Le champ de la collaboration est vaste et encore à découvrir.

Et demain, comment vois-tu l’évolution de vos échanges ?

Le travail réalisé ensemble avec nos homologues vietnamiens est considérable. Nous continuons à développer des partenariats. Nous collaborons d’ailleurs, aussi, sur un projet initié par l’Université de Liège au Vietnam autour de la médecine de première ligne et les maisons médicales.

Pour clore sur de nouvelles perspectives, le même projet étant en cours au Sénégal, il serait vraiment intéressant de croiser les regards sur nos pratiques et d’initier demain une collaboration entre nos trois pays, à savoir le Sénégal, le Vietnam et la Belgique

Photo des deux équipes