Bonjour Brigitte, racontez-nous votre parcours depuis l’obtention de votre bachelier en diététique.
Après mon bachelier en diététique, je me suis directement inscrite dans le master en Santé publique de l’ULB, dans l’option "Promotion de la santé". Durant mes études en diététique, nous mettions logiquement l’accent sur la nutrition mais j’avais l’intuition que d’un point de vue macro, il existe plein d’autres facteurs qui ont une influence sur notre santé. C’est ce que j’ai voulu creuser par le biais de ce master.
Je l’ai réalisé en trois ans car, en parallèle de la première année, j’ai aussi suivi la spécialisation en diététique pédiatrique. J’avais envie de suivre cette spécialisation car au cours de l’un de mes stages, j’avais eu l’occasion de travailler en consultation avec des enfants et c’est une tout autre manière d’appréhender la discussion avec le patient ou la patiente, qui m’avait beaucoup plu.
Après le master, en mars 2022, j’ai été engagée comme assistante de recherche au RESO, le service universitaire de promotion de la santé de l’UCLouvain, pour un projet de recherche-action. Malheureusement, après trois mois, j’ai fait un burn-out, qui n’était pas lié qu’au travail et j’ai été licenciée.
S’en est suivie une période assez difficile de reconstruction et de remise en question. Ce qui m’a maintenue en activité, c’est la pâtisserie. On est une grande famille donc on confectionne souvent des gâteaux d’anniversaire, par exemple. Je me suis dit « Et pourquoi ne pas en faire mon métier ?! ». J’ai alors passé le jury central donnant l’accès à la profession de pâtissière.
Vous me direz que la pâtisserie et la diététique, ce n’est pas vraiment compatible… Mais si ! Et j’ai voulu le prouver en proposant des ateliers de dégustation en pleine conscience, autour de la pâtisserie.
Et en parallèle de cette activité d’indépendante, je suis coordinatrice santé & handicap à la commune de Forest.
On reviendra sur votre activité d’indépendante plus tard, mais avant ça, quel est le rôle d’une "coordinatrice santé & handicap" ?
C’est de créer et de coordonner des actions de promotion de la santé et de prévention, en collaboration avec les services internes et des partenaires externes de la commune, donc des acteurs locaux.
Ce n’est pas uniquement proposer des actions ponctuelles mais c’est créer un environnement favorable à la santé. Si on prend la problématique du logement, par exemple, on pourrait considérer que cela n’a rien à voir avec la santé. Mais si une famille vit dans un logement insalubre, avec des moisissures sur les murs, cela va avoir un impact important sur leur santé. Donc on va travailler avec différents acteurs de la commune pour mettre des choses en place afin que la population vive dans des environnements sains.
C’est donc un poste où l’on travaille en interdisciplinarité sur des projets variés, qui peuvent avoir un impact sur la santé des citoyens. La commune de Forest a signé une charte qui s’appelle « Santé dans toutes les politiques », ce qui signifie que la santé doit être prise en compte dans chaque décision politique. C’est un processus qui va prendre du temps, pour embarquer l’ensemble des parties prenantes.
Revenons à l’alimentation de pleine conscience, qu’est-ce que c’est, concrètement ?
La pleine conscience et l'alimentation en pleine conscience ne sont pas de simples concepts abstraits, mais des approches scientifiquement étudiées, qui ont démontré des bénéfices significatifs sur la santé physique et mentale. L'alimentation en conscience s'inscrit dans la pratique plus large de la pleine conscience, une pratique étudiée notamment par le Dr Jon Kabat-Zinn et développée dans le domaine de la nutrition par des experts comme le Dr Jan Chozen Bays et Char Wilkinson, qui ont notamment créé le programme « Mindful Eating-Conscious Living ». Ce programme aide les individus à explorer les neuf sortes de faim et à mieux comprendre et répondre à leurs besoins alimentaires.
C’est une manière de manger qui fait qu’on est vraiment attentif à ce qui se passe dans le présent, au moment où l’on mange. On essaie de se concentrer sur les pensées que l’on a sur la nourriture que l’on ingère, on s’arrête sur nos sensations corporelles (Est-ce que ça picote sur ma langue ? Est-ce que c’est chaud ou froid ? …) et sur les émotions qui nous traversent. Manger, c’est une activité à part entière et c’est remettre cette action au centre, le temps du repas, ou du moins, quelques minutes pendant le repas.
J’invite les personnes à faire attention à ce qui se passe au niveau sensoriel, au goût, à l’odorat, au bruit des aliments qu’elles croquent… Cela permet aussi de reprendre conscience des sensations alimentaires : à la faim, à la satiété, au rassasiement. Et donc de réapprendre à manger en fonction de ses besoins, à refaire confiance à son corps et aux signaux qu’il nous envoie.
Par exemple, le principe de rassasiement, c’est le fait que lorsque l’on mange quelque chose, la première bouchée est la meilleure, puis le plaisir diminue à chaque nouvelle bouchée jusqu’à celle qui nous fait comprendre que nous avons assez mangé. Mais si nous ne ressentons pas de plaisir en mangeant, nous sommes coupés de ce principe de rassasiement et nous ne savons plus quand nous arrêter de manger.
J’invite les personnes à faire attention à ce qui se passe au niveau sensoriel, au goût, à l’odorat, au bruit des aliments qu’elles croquent… Cela permet [...] de réapprendre à manger en fonction de ses besoins, à refaire confiance à son corps et aux signaux qu’il nous envoie.
Et que donneriez-vous comme astuce à une personne qui a tenté de manger en conscience mais s’ennuie après deux minutes ?
Il ne faut pas en faire une nouvelle injonction. Manger en pleine conscience, ça ne veut pas dire passer tous ses repas en silence, en tête-à-tête avec son assiette. C’est, par exemple, prendre le temps de savourer une bouchée de temps en temps, d’arrêter de se focaliser uniquement sur le film que l’on regarde ou sur la conversation que l’on tient pour se concentrer quelques secondes sur ses sensations par rapport à la nourriture. C’est faire un jeu de ping-pong entre l’activité annexe et la concentration sur notre plaisir gustatif et nos sensations. Et plus on s’entraine, plus ça devient naturel.
Pourquoi avoir choisi la pâtisserie pour vos ateliers ? Par préférence personnelle ou a-t-elle un rôle particulier ?
Je suis partie du constat que de nombreuses personnes de mon entourage proche ou lointain avaient une relation compliquée avec le sucre. Il y a beaucoup de discours dichotomiques autour du sucre : c’est un peu du tout ou rien. Et beaucoup pensaient qu’étant diététicienne, je proposais uniquement de la pâtisserie sans sucre, sans lactose et sans gluten… Ce qui fait beaucoup de restrictions !
Or, non ! Je fais des pâtisseries avec du sucre, parce que je sais que ce sont des aliments que je mange de manière très occasionnelle. Donc je me suis dit que proposer des ateliers autour de ces douceurs permettrait de casser les idées reçues concernant le sucre.
Mais justement, pour m’adapter aux retours reçus suite aux premiers ateliers, je vais aussi proposer des thématiques différentes car j’ai remarqué que les participant∙es éprouvaient surtout des difficultés à manger en conscience quand ils ou elles consomment des produits plus industriels comme des biscuits, des chips, etc. J’imagine aussi travailler autour d’un repas complet qui correspondra davantage à leur réalité quotidienne.
J’ai hésité entre des études d’art et la diététique : j’ai choisi la seconde voie. Et je me rends compte aujourd’hui que j’ai déplacé ma créativité dans la conception de mes recettes de pâtisserie.
Et qu’est-ce qui vous a initialement donné envie de faire des études en diététique ?
J’ai toujours aimé manger mais, à l’adolescence, comme beaucoup de jeunes filles, j’ai souffert de troubles alimentaires. Je m’en suis sortie grâce à mon entourage et lorsque je suis sortie de cet épisode, je me suis dit que je voulais moi aussi aider des personnes qui étaient passées par là. Je savais que j’avais la fibre de l’accompagnement, mais je ne connaissais pas encore le métier de diététicien ou diététicienne jusqu’au jour où j’ai participé à un salon de l’emploi dans lequel j’ai rencontré une diététicienne passionnée qui m’a convaincue que c’était le métier qui me convenait.
J’ai hésité entre des études d’art et la diététique : j’ai choisi la seconde voie. Et je me rends compte aujourd’hui que j’ai déplacé ma créativité dans la conception de mes recettes de pâtisserie. Et depuis peu, j’essaie de les illustrer à l’aquarelle. La boucle est bouclée !
Quel message aimeriez-vous donner à un ou une future étudiante qui hésiterait à se lancer dans un bachelier en diététique ?
S’il ou elle a la flamme, je dirais de l’écouter et d’essayer d’identifier quels sont les freins qui l’empêcheraient de se lancer. A mon époque, c’étaient souvent les sciences qui bloquaient les étudiants et étudiantes. Alors, oui, en première année il y en a beaucoup et puis après, ça diminue. Mais dans toutes les études, il faut passer par des matières qu’on aime moins. A partir de la deuxième ou de la troisième année, on accède de plus en plus aux activités pratiques qui mettent en situation (les stages, les travaux pratiques) et vraiment, l’enseignement est super riche !
Et puis les perspectives du métier sont très variées : on n’est pas obligé de travailler uniquement à l’hôpital ou en collectivité. On peut aussi faire des formations complémentaires qui viennent nous ouvrir d’autres portes. J’ai des ami∙es qui travaillent dans des magasins pour faire du développement alimentaire ou on peut proposer des ateliers, comme je fais. On peut travailler en maison médicale, certaines personnes deviennent créatrices de contenu sur les réseaux sociaux, d’autres travaillent dans la recherche en nutrition. En fait, à partir du moment où l’on a acquis les connaissances du bachelier, on peut créer son propre métier. Tout est tout est possible, j'ai envie de dire.
Les diététiciens et diététiciennes ne sont pas uniquement là pour faire perdre du poids.
Y-a-t ’il une dernière chose que vous auriez voulu transmettre par le biais de cet entretien ?
Je pense qu’un message important à faire passer, c’est que les diététiciens et diététiciennes ne sont pas uniquement là pour faire perdre du poids. Mais au contraire, ils peuvent accompagner des personnes qui ont plein de problématiques différentes : cela peut être pour répondre à des problèmes de santé comme le diabète, des allergies alimentaires, une insuffisance rénale ou encore des troubles du comportement alimentaire.
C'est important de ne pas voir le diététicien ou la diététicienne comme une personne qui va être stricte et qui va uniquement donner un régime à suivre. On est d’abord là pour écouter la personne, pour discuter avec elle de ce qu’elle souhaite ou de ce qu’elle a besoin de nous partager à propos de son alimentation. Et puis, sur base de cela, on compose ensemble un accompagnement individuel.
Dernière question pour satisfaire les plus gourmand∙es d’entre nous. Si vous n’aviez plus le droit de ne consommer que trois types de pâtisseries jusqu’à la fin de votre vie, lesquelles choisiriez-vous ?
D’abord, je dirais les viennoiseries, parce que souvent c'est croustillant à l'extérieur et puis la pâte feuilletée à l'intérieur est un peu plus moelleuse… J'adore ! Et souvent ce n'est pas trop sucré et il y a du chocolat !
Ensuite, je dirais les tartes aux fruits parce qu’on peut faire plein de déclinaisons différentes en fonction des saisons, choisir des pâtes différentes, ajouter ou non de la crème pâtissière. Ma préférée, c’est la croute à la framboise, avec une pâte sablée un peu salée et de la crème chantilly nature ou à la vanille.
Et en dernier, je dirais les entremets. C’est un gâteau qui est fait de couches successives entourées d'une crème qui enrobe le tout. Il y a un croustillant, un biscuit, un insert, que ce soit un crémeux ou un confit. Et puis après, il y a une mousse qui recouvre le tout et souvent il y a un glaçage ou un pochage. Bref, quand on le découpe, on voit bien toutes les couches et en une seule cuillère, on goute toutes les textures. Là aussi, ça permet de varier les plaisirs !